Nous l’entendons tout le temps depuis plusieurs semaines maintenant. « Vivez le moment présent”. “Restez centré sur le moment présent, ça va bien aller”. Mais c’est quoi au juste, “vivre le moment présent” lorsque nous avons une folle envie de préparer notre avenir. C’est quoi au juste, le moment présent, lorsque nous sommes programmés pour faire des plans qui ne se réaliseront que plus tard ou qui ne se réaliseront peut-être jamais.

 

Nous sommes tous soumis à un véritable test présentement. Un exercice qui nous permet de nous rendre compte que la nature humaine a de la difficulté à rester confinée. Naturellement, nous sommes des êtres de vision. Des aventuriers du monde, dans l’âme. Nous savons qu’il y aura un après et nous nous sentons interpellés à nous affairer à la préparation de cet après. Parce que peu importe ce qui arrive dans notre vie, nous sommes naturellement des bâtisseurs; des êtres de création, dont l’imaginaire se déploie au cube, en temps de crise.

Mais l’acte de créer suppose aussi de prendre le temps de tracer des plans, de prendre le temps de semer les bonnes graines et ensuite de laisser germer. Alors peut-être que cette grande traversée est notre opportunité ultime pour apprendre à créer pour vrai. Se donner le temps de faire le tri de ce que nous voulons et de ce que nous ne voulons plus – faire des plans justes et éclairés et ensuite, laisser mûrir ce qui doit éclore.

Peut-être que ça va bien aller. Mais sans doute que ça n’ira pas comme avant. Parce que ce qui était bien avant se sera transformé en quelque chose que nous voudrons mieux.

Nous n’aspirerons plus à être simplement bien. Nous voudrons être mieux!

Et dans ce sens notre moment présent est notre tremplin pour participer à notre devenir. Nous avons peut-être carburé à la performance toute notre vie, quand ce n’était pas à une forme de compétition avec les autres. Nous nous sommes affichés dans le monde, gonflés de nos réussites, enorgueillis de nos succès et de nos brillantes et moins brillantes réalisations. Mais là, c’est à un autre niveau que se situe notre apprentissage. Parce qu’il se fait dans une rencontre on ne peut plus intime avec nous-mêmes. Le combo discernement et humilité devient notre leitmotiv.

Et même si nous vivons un confinement en famille, avec un conjoint ou avec des ados; nous sommes invités à tenir compte de l’importance de la distanciation quand même afin de nous rencontrer nous-mêmes. Plus que jamais nous devons apprendre la nécessité des silences. Nous devons apprendre à respecter la bulle de l’autre afin qu’il apprenne à respecter la nôtre. Et si nous vivons en solo, nous devons être à l’écoute de l’autre à distance. Ce qui suppose d’avoir nos antennes bien dressées afin de ressentir quand et comment entrer en relation avec l’autre. Même par le biais des réseaux sociaux et davantage par eux, nous devons apprendre à faire du discernement entre l’intrusion dans la vie des autres et le respect de ses derniers. Parce que chacun chemine actuellement vers le meilleur qui se révèle et qu’il aura à choisir. Chacun marche vers vers ce que sa vérité lui dicte. Chacun de nous a besoin de ses silences et de ses retraites et c’est lorsque nous sommes à l’écoute de nous-mêmes, nous entendons mieux les besoins de l’autre.

Nous apprenons à dépasser un égoïste besoin de combler nos vides béants et nos dépendances. Nous apprenons à ouvrir notre fenêtre sur la bienveillance, le partage et l’écoute. Dans ce temps de grand défi nous créons des rencontres porteuses de sens et nous nouons des liens plus solides et plus vrais qu’avant.

Plus que jamais nous sommes invités à comprendre la réalité de l’autre; à entendre battre le cœur de l’humanité. Et c’est seulement avec de la vigilance et de la patience que nous entendrons correctement ce que l’autre veut nous dire. Nous sommes entourés de personnes qui vivent ou qui vivront des deuils déchirants; nous côtoyons des proches séparés brutalement d’un conjoint en CHSLD ou en résidence. Nous sommes entourés d’amis ou de voisins qui luttent contre le cancer et qui sont inquiets face à un réseau de la santé qui a du se refermer pour mater la crise. Chacun porte une histoire de solitude et d’introspection.

Nous sommes dans le pic de la signification véritable du moment présent, là où l’être est en train de remplacer le faire.

Honnêtement, c’est plus simple que l’on pense de vivre au présent. C’est tout simplement cesser de vivre dans l’attente et ce, dans toutes les sphères de notre vie. Bien sur que croire au meilleur demeure la clé; mais savoir épouser le moment présent c’est prendre à bras le corps ce qui nous est présenter et en faire quelque chose de beau; c’est savoir trouver une satisfaction même dans un contexte ou nous n’avons rien de ce que nous avions désiré.

L’essentiel demeure notre perception de ce qui est bien et de ce qui est mieux. Et dans ce contexte notre ouverture du cœur invitera le meilleur dans notre nouveau monde.