Attendre qu’une autre personne nous rende heureux est sans aucun doute la plus fausse croyance qu’a porté l’humanité. Nous vivons dans une ère en quête de bonheurs éphémères, à la recherche de satisfactions qui comblent instantanément nos sens, à la recherche de relations qui nous font sentir vivants et beaux. Pourtant nous le savons depuis que le monde est monde; nous naissons seuls et nous mourrons seuls. Nous avons une tendance à la pensée magique, qui laisse croire qu’un vide intérieur pourra être comblé par quelque chose d’extérieur à nous-mêmes. C’est un piège assez subtil dans lequel il est facile de glisser. L’être humain est attiré par ce piège de l’illusion; celle de vouloir créer son  bonheur en assemblant son puzzle à partir des pièces éparses qui appartiennent aux autres. 

Croire que nous trouverons la félicité dans une nouvelle acquisition ou dans une nouvelle relation, c’est marcher vers des sables mouvants qui ne tarderont pas à s’ouvrir sous nos pas. Ceci ne veut pas dire de ne pas faire d’acquisition, ni de se priver de vivre une relation extraordinaire avec le compagnon ou la compagne qui vous est destiné. Bien sur que non! Ce qu’il faut retenir, c’est que nous naviguons toute notre vie dans le but de se préparer à la rencontre ultime avec nous-mêmes. Non pas une rencontre narcissique, mais plutôt une rencontre bienveillante et pleine de compassion pour l’être que nous sommes. Pourtant, toute notre vie  nous prenons des chemins de traverse pour éviter cette rencontre. Lorsque que nous nous fusionnons aveuglément, nous nous perdons dans l’autre au lieu de nous rencontrer. Et en se perdant, il est impossible de rencontrer l’autre. 

Nul besoin d’être un ermite ou de partir explorer le pôle Nord pour se rencontrer soi-même. En vérité nos relations affectives, amoureuses  et les autres, sont des miroirs qui reflètent ce que nous avons le plus besoin d’apprendre sur nous-mêmes. Nos moments présents et nos apprentissages sont notre école. C’est en accueillant cet enseignement avec franchise et ouverture que nous commençons à grandir. En réalité, nous sommes en apprentissage pour comprendre la véritable signification de la présence inconditionnelle. L’amour inconditionnel, en réalité. En vérité tant de leçons nous répètent le même credo depuis toujours: « Avant de dire je t’aime, regarde celui que tu aimes franchement dans les yeux, sonde ton cœur et dis plutôt : je suis en train d’apprendre à me défaire de mes peurs et de mes doutes,  et en le faisant j’apprends à mieux m’aimer et à mieux t’aimer».

 Notre conscience nous martèle cette vérité,  mais nous n’arrivons pas toujours à l’exprimer.

La réelle présence à l’autre ne se fait pas sous condition, ni dans les attentes d’un conte de fée. La présence à l’autre grandit lorsque nous nous déshabillons de nos blessures anciennes;  lorsque petit à petit, nous défaisons les nœuds qui avaient emprisonné notre cœur. La véritable présence à soi se déploie dans le rapport à l’autre,  dans le véritable rapport ouvert et honnête – lorsque nous exprimons notre beauté intérieure, mais également lorsque nous osons ouvrir nos coins sombres. C’est en révélant notre part d’ombre, que nous pouvons enfin nous en libérer. Et c’est à partir de cette libération et de ce nettoyage intérieur que naît notre disponibilité à voyager sans peur avec l’autre.

 La loyauté à soi-même amène toujours la clarté, comme un lever du jour après la nuit.

En réalité toute notre vie, nous sommes en apprentissage à l’école de l’amour. Nous sommes libres de choisir de gravir les échelons jusqu’à la maîtrise afin de voir évoluer nos relations dans la lumière. Cependant comme pour chaque apprentissage, il y a parfois des défis à relever, des leçons à tirer. Nous le savons, l’ego est tenace. Longtemps il nous a encouragés à vouloir posséder, à contrôler l’autre, à s’approprier l’objet de notre amour comme un jouet ou à croire qu’il fallait trimer dur pour mériter le bonheur. Alors il n’est pas étonnant de traverser l’angoisse du doute, les tourments de l’anxiété ou la souffrance de l’abandon comme un passage rocailleux, pour enfin comprendre que cette  traversée est simplement un chemin qui nous conduit à l’autre rive. Notre véritable maison.

Se rencontrer soi-même c’est rencontrer notre moi véritable, autonome et authentique. Notre moi capable d’aimer pour vrai, sans possession ni jalousie, avec un cœur grand comme le monde. Nous n’avons pas besoin de nous transformer, ni de nous mouler aux désirs de l’autre, ni de trimer dur pour êtres aimés, acceptés, accueillis ou choisis. Deux êtres qui décident de se prendre la main n’ont pas besoin d’être parfaits pour amorcer la marche en confiance. S’ils se reconnaissent, c’est dans la vérité de leurs imperfections que se révélera jour après jour leur véritable nature. Et c’est seulement dans ce passage d’âmes en devenir que l’amour véritable s’exprimera pour vrai. C’est peut-être cela le véritable mariage, me disent les anges.

Alors, sachez que le plus précieux cadeau à faire à l’être qui partage votre vie, c’est d’oser la vulnérabilité. Soyez vrai. Généreux. Parsemer la franchise qui fait fleurir la confiance. Il n’y a pas de honte à traverser des défis, à prendre des risques, à faire des faux pas, à se pardonner, à demander pardon, à dire qu’il vous arrive de devoir surmonter vos peurs pour vivre dignement. Les personnes qui ne vous jugent pas resteront à vos côtés. Les personnes qui vous aiment réellement n’essaieront pas de vous changer ni de vous sauver, car à ce niveau d’évolution la confiance en soi et en l’autre se déploie naturellement.

Il n’y a pas de contrôle en amitié – ni en amour. La confiance domine. Et dans les deux cas, se dessine la joie de voir  évoluer son ou sa partenaire. Avoir envie que l’autre soit heureux, honorer son champ de liberté et le regarder se transformer au fil des saisons et des âges, ne fait que nous grandir. Et dans cette équation, le mot romantique est remplacé par sensibilité. Être sensible à ce que l’autre vit, c’est avoir l’intelligence de ressentir qu’il traverse une période sombre avant même qu’il ne l’exprime. Être sensible, c’est être réceptif aux silences et savoir les respecter. Être sensible, c’est être à l’écoute de notre baromètre intérieur et informer l’autre  du temps qu’il fait, lorsque c’est requis de le faire.

Le bonheur ne vient pas des autres, ni de l’autre. Il se cultive en soi naturellement et il irradie autour de nous. Mais il est possible que deux jardiniers se rencontrent et s’engagent à cultiver leur jardin respectif  tout en partageant les fruits de leur croissance avec l’autre. Non, le bonheur ne vient pas de l’autre – mais il est permis de le cultiver avec l’autre.  

Il est dommage de constater que dans notre époque d’individualisme à outrance,  nous avons oublié que dans la constance du jardinier il est possible, voire enrichissant, de travailler en duo. Ce qu’il faut retenir, c’est que nous sommes des êtres de relation.  Ce qu’il y a de magnifique c’est que nos relations sont nos mentors – nos chemins d’exploration de soi. Nous avons comme premier devoir, de contribuer à la constance de l’Amour en nous-mêmes, de respecter nos valeurs et notre véritable liberté. Nous avons pour mission de nous entourer de tout ce qui donne vie à la Vie, afin de partager en abondance les fruits de notre jardin avec l’autre.

 ©Diane Noel  – 10 janvier 2020 ©