Pourquoi avons-nous peur d’être nous-mêmes dans certains milieux professionnels très hiérarchisés? Pourquoi avons-nous l’impression de devoir porter un masque au meeting du lundi matin ou de revêtir l’avatar approprié? Pourquoi devons-nous cacher nos sentiments lorsque nous sommes touchés par les grandes décisions qui affecteront nos dévoués employés? Pourquoi avons-nous peur de faire la promotion de nos compétences et de nos talents pour contribuer au mieux-être collectif sans craindre d’en déranger certains? J’ai travaillé pendant plus de 10 ans dans la fonction publique et si j’y suis restée c’est que j’avais toujours l’espoir de découvrir un terreau assez riche pour y fleurir de toutes mes fleurs. On s’entend pour dire que j’étais dans un milieu professionnel qui, à bien des égards, ne me ressemblait pas tellement. D’ailleurs j’ai entendu à plusieurs reprises au cours de ces dix années : « C’est bizarre, il me semble que ce milieu ne te ressemble pas!! ». On n’avait pas tort. L’artiste en moi manquait d’oxygène bien plus souvent qu’à son tour, ça c’est certain.

Qu’est-ce qui me retenait, me direz-vous? J’y suis restée pour les contacts humains qui se créaient au fil des années. Parce que quelques mentors ont cru en moi. Pour le lien de confiance qui grandissait avec les collègues. Pour ma motivation à bien connaitre les gens de mon équipe, à être au service de leurs besoins, à parler en leur nom, à donner de la reconnaissance, parce que je croyais qu’être entendu et considéré fait une différence et humanise n’importe quel milieu de travail. J’aimais que chacun sache que je prenais en considération son histoire et j’aimais créer un endroit cool où chacun se sent en sécurité. Et parce qu’inspirer les gens à croire en eux m’apparaissait essentiel.

L’effet miroir n’est jamais bien loin en psychologie. Au fond je traitais les employés comme je voulais qu’on me traite. Cette lumière dans leurs yeux qui traduisait leurs rêves, je l’avais aussi dans mes yeux. Ce volcan que je voyais en eux, je le portais en moi également. Et l’histoire de leur vie qu’ils portaient courageusement, et qu’on leur demandait de laisser à la portée d’entrée le matin, c’était quelque part mon histoire que je portais. Un jour ma mère a reçu un diagnostic d’Alzheimer puis un autre trouble cognitif. Du jour au lendemain j’ai dû l’héberger chez moi en conciliant la proche aidance à ma vie professionnelle. Au fil des mois qui ont suivi j’ai porté une histoire que je n’arrivais pas à laisser à la porte du bureau le matin. Après plusieurs mois, une fin de contrat est venue marquer un tournant salutaire dans ma vie. Par la suite j’ai fait le bilan de beaucoup de choses incluant ces dix dernières années dans un milieu où mes fleurs n’avaient pas réussi à fleurir comme elles auraient dû. Et j’ai compris pourquoi on accepte de manquer d’oxygène dans notre vie professionnelle. Au fond, il m’a fallu un long cheminement et quelques tsunamis sur ma vie pour me rendre compte des véritables motifs qui nous maintiennent dans un milieu professionnel qui ne nous ressemble pas.
Et la peur de réussir et de mettre au grand jour, l’être que nous sommes vraiment, en fait partie.

Je ne suis pas la seule qui se soit confortée dans une fausse sécurité professionnelle. Dieu sait que j’en ai vu des perles rares cachées au cours de ses années. Derrière les avatars qui rêvaient du vendredi dès le lundi matin, j’ai reconnu des filles et des gars qui carburaient à la recherche du bon terreau comme je l’ai fait. Si dans votre milieu professionnel vous manquez d’oxygène, c’est peut-être le temps du bilan. Le temps d’aller vers un lieu où le port du masque n’est pas requis. C’est fou, mais c’est là que nous sommes le plus productif et le plus en phase avec la vie. Les questions primordiales à se poser arrivent comme par enchantement lorsque nous reconnaissons la personne qui se cache derrière notre avatar. Vous qu’est-ce qui vous anime le plus dans votre milieu de travail? Qu’est-ce qui fait que vous avez la certitude de porter des semences utiles dans le monde? Moi, c’est lorsque je partage ma certitude que nous sommes plus grands que nous croyons être, que je me sens à la bonne place. J’avais 15 ans et je le croyais déjà, mais je l’ai enfoui par peur d’être jugée. Notre éducation judéo-chrétienne nous défendait de faire étalage de nos talents au risque d’être qualifié de vaniteux.

Si votre travail vous étouffe, ce n’est pas la faute de votre milieu de travail, mais la vôtre. Regardez en vous ce qui vous donne envie de fleurir tous les jours de votre vie. N’attendez pas pour contribuer au monde ni d’être un plant généreux qui porte des fruits. Ni pour dévoiler la personne inspirante, oxygénée, vivante et belle qui inspire les autres à sortir de l’ombre. C’est votre rôle premier d’être ce que vous êtes. Personne n’est obligé d’être une fade copie de quelque chose qui manque d’air. Il n’est pas nécessaire de donner votre démission après la lecture de ce texte. Mais retenez seulement une chose : votre mission première avant d’être au service d’une entreprise est d’être au service de votre vérité et en accord avec vos valeurs.

Dans certains milieux de travail, on dénature votre vraie nature au profit de la performance; mais vous êtes les seuls à connaitre votre vraie nature justement. Il n’est jamais trop tard croyez, moi. Alors que mes ex-collègues prennent leur retraite, j’ai créé 3Papiers de Soi parce que j’ai envie de contribuer au monde sans avoir à me cacher derrière un titre officiel. J’ai écouté mon jazz intérieur et j’ai dit « oui ». J’ai créé un espace dédié aux proches aidants et un autre volet pour les baby-boomers qui ont envie de créer leur prochain chapitre dans leur vie, parce qu’une vie où se sent vraiment connectée avec qui nous sommes c’est tellement possible. Oui par le biais de l’écriture mais par des ateliers mieux vivre qui laisse parler notre cœur et notre créativité. 

Diane noel

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