Pourquoi tant de personnes rêvent d’écrire leur histoire – et ne le font pas

Il y a quelques années, j’ai commencé à écrire un livre sur ce que je nommerais *la traversée des grandes eaux*. Ces passages de la vie où l’on doit quitter une rive connue, avec la peur au ventre, avant de trouver le courage de revenir à soi.
J’ai écrit un chapitre. Puis un autre. Et un jour, une petite voix s’est tue. Ce n’était pas le moment. Tout me disait que je n’étais pas prête à me livrer.
Ce chapitre-là racontait mon divorce. Et ce que je portais en l’écrivant n’était pas de la fierté, mais de la honte. Trouver le courage de partir, avait eu un prix. L’écrire de nouveau, me demandait d’en payer un autre.
J’ai reculé. Puis des années plus tard, j’ai rencontré une religieuse de la congrégation des Ursulines. Cette femme de plus de 70 ans accompagnait des personnes à la lumière des exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. Je lui ai demandé de m’accompagner pour apprendre à voir mon histoire autrement : non pas pour l’exposer publiquement, mais pour l’honorer dans un premier temps. Ce qu’elle m’a offert, avant des mots ou une méthode, c’est une qualité d’écoute que je n’avais encore jamais rencontrée. Une écoute qui ne jugeait rien, qui ne cherchait pas à réparer, qui laissait simplement l’espace pour que l’histoire se dépose et prenne enfin sa vraie forme.
Un jour, dans un moment de grâce que je n’ai jamais oublié, je lui ai dit : « Un jour, je veux faire ce que vous faites. » Je ne savais pas encore ce que cet appel contenait. Je ne savais pas encore que des années plus tard, mon approche V.O.I.E allait naître de cette traversée-là. C’est de cette écoute reçue qu’est née l’espace que j’offre aux auteurs aujourd’hui
Plus tard, la lecture d’un ouvrage de Simone Pacot et son travail sur l’évangélisation des profondeurs, a achevé de me convaincre d’une chose: peu importe ce que nous avons traversé, notre histoire est une terre fertile.
Je raconte ce passage parce qu’il contient, la réponse à une question que l’on me pose souvent : pourquoi tant de gens portent en eux le rêve d’écrire leur histoire, et ne le concrétisent jamais.
Ce n’est pas une question de discipline
On dit souvent que le problème, c’est le manque de discipline. Qu’il suffirait de s’asseoir, d’écrire cinq cents mots par jour, de tenir bon.
Après des années à accompagner, je peux vous dire que ce conseil, passe à côté de l’essentiel et qu’il peut même nuire à certaines personnes. Un livre ne naît pas d’un chiffre à atteindre chaque jour. Il naît d’une intention vivante. Et cette intention n’est presque jamais claire au départ. Elle se précise en chemin, à condition qu’on lui fasse de la place.
Je crois en la discipline, mais pas en la discipline-torture. Je crois en une discipline flexible, qui laisse un espace propice au plaisir d’écrire. Car un auteur ne porte pas simplement l’envie d’écrire un livre. Il porte un livre qui veut vivre à travers lui. Et pour qu’il naisse, il faut d’abord que l’auteur soit prêt à l’accueillir.
Le vrai blocage : le manque d’écoute intérieure
Ce n’est pas non plus, à mon sens, la peur du jugement qui empêche les gens d’écrire. C’est quelque chose de plus discret, et de plus profond : le manque d’écoute intérieure. Une forme de surcharge mentale qui embrouille tout, et qui finit par ériger des blocages là où l’auteur croyait simplement manquer de temps ou de talent.
J’ai accompagné une femme dont l’histoire était d’une richesse rare. Dès les premiers échanges, j’ai senti sa détermination, sa passion, la puissance de son message. Elle n’avait aucun mal à se livrer. Elle avait déjà plus d’une centaine de pages écrites. Mais en la lisant, j’ai compris qu’elle venait de déposer devant moi la matière brute — comme l’argile que l’on tend au potier, avant que ses mains ne lui donnent une forme. Le problème n’était pas qu’elle manquait d’idées – c’est qu’elle en avait trop. Elle voulait tout dire, tout raconter, dans le moindre détail. Et dans cette abondance, le fil conducteur s’était perdu.
Nous avons dû reprendre depuis le début : retravailler la vision du livre, revenir à l’intention première, relire son histoire pour en dégager les thèmes significatifs. C’est un accompagnement individuel, patient, qui lui a permis d’ancrer sa posture d’auteure et de voir émerger, enfin, son propre style.
C’est de cette expérience, et de bien d’autres semblables, qu’est née mon approche V.O.I.E : Vision, Ouverture, Incarnation, Expansion. Tout commence par une vision. Le processus demande ensuite une ouverture réelle, un espace intérieur disponible. Puis vient l’incarnation, le moment où l’on assume pleinement sa posture d’auteur. Et enfin l’expansion, qui consiste à laisser son empreinte dans le monde. Librement.
Écrire un livre, et le mener jusqu’à l’édition
Il y a une distinction que je fais, et qu’on néglige trop souvent : écrire un livre est une chose. Le mener jusqu’à l’édition, en est une autre. Lorsque la posture d’auteur est claire, lorsqu’un accompagnement offre une écoute profonde et une rétroaction sérieuse, les chances d’aller jusqu’au bout augmentent considérablement. Ce n’est pas un hasard si le livre se retrouve sur les étagères d’une librairie. C’est une conséquence directe du travail fait en amont, sur la vision et sur l’intention.
À celle qui attend encore
Je pense, en écrivant ces lignes, à une femme que j’ai rencontré. Elle porte une histoire puissante et elle attend depuis plusieurs années déjà.
Je lui dirais simplement : comment te sentiras-tu si tu attends une année de plus?
Je termine moi-même un livre, qui s’inspire de mes propres exils, de ce long chemin de retour à moi-même, et de tout ce que l’approche V.O.I.E m’a appris sur le fait d’oser enfin habiter son histoire. Car c’est peut-être là, au fond, la seule vérité qui compte : l’écriture donne une voix à une partie de soi qui ne s’est jamais exprimée.
Bonjour belle déesse Diane !
Une page de tes carnets inspirés qui me fait frissonner. L’appel de ce livre dans lequel on se livre pudiquement et parfois indécemment. Tu écris: » l’écriture donne une voix à une partie de soi qui ne s’est jamais exprimée…La seule vérité qui compte. » La nôtre, humblement exprimée. Merci pour ces partages de coeur.